Les yokai

créatures surnaturelles issues du folklore japonais

- Article mis à jour le 29/07/2025 -

En japonais, le terme yokai signifie littéralement « esprit », « fantôme » ou « apparition ». Il désigne un vaste ensemble de créatures surnaturelles, d'esprits ou de monstres folkloriques, souvent issus de légendes populaires ou de croyances anciennes.

Les yokai trouvent leurs origines dans les croyances shintoïstes du Japon ancien, selon lesquelles chaque élément de la nature — pierre, arbre, rivière ou montagne — est habité par un esprit. Les yokai sont ainsi perçus comme des manifestations surnaturelles de ces esprits.

Avec l'arrivée du bouddhisme au Japon, leur perception a évolué: certains yokai ont été assimilés à des démons bouddhistes, appelés oni, représentant des forces du mal ou des esprits tourmentés.

Il peuvent prendre de nombreuses formes, allant des esprits de la nature aux animaux dotés de pouvoirs surnaturels, en passant même par des objets inanimés possédés. Certains peuvent être effrayants, d'autres plus humoristiques ou mystérieux.

Ils peuvent être bienveillants, malveillants ou simplement espiègles, et leur comportement est souvent perçu comme une force capable d'influencer le quotidien des humains. Ils jouent un rôle important dans la façon dont les Japonais perçoivent le monde qui les entoure.

Leur rôle est d'expliquer les désagréments de la vie humaine mais ils peuvent également porter chance à ceux qui les croisent. Leurs pouvoirs sont multiples, mais la métamorphose est un talent que beaucoup partagent (ils sont alors appelés obake). 

LE TANUKI

esprit de la forêt aux pouvoirs magiques

En japonais, le terme tanuki désigne le chien viverrin japonais, un canidé qui ressemble à un mélange entre un raton laveur et un blaireau. 

Dans le folklore japonais, le tanuki est considéré comme un yokai doté de pouvoirs de métamorphose et d'un caractère espiègle. Il est à la fois symbole de chance, de prospérité et de joie, mais aussi célèbre pour ses farces et ruses.

Ils sont souvent représentés avec une gourde de saké, un chapeau de paille, un gros ventre, et des attributs masculins exagérément disproportionnés, censés symboliser richesse et fertilité. La version féminine du tanuki existe également, bien que plus rare dans l'imagerie populaire.

Créature métamorphe par excellence, le tanuki maîtrise l'art du déguisement et peut changer d'apparence à volonté. Il est capable de prendre la forme d'un humain, d'un animal ou même d'un objet inanimé, ce qui lui permet de tromper ou de jouer des tours aux humains.

Il est particulièrement célèbre pour ses testicules démesurés, auxquels la tradition japonaise prête des pouvoirs magiques et symboliques. Dans de nombreuses estampes et illustrations humoristiques, on peut voir des tanuki les utilisant de manière fantaisiste: comme baluchon, tambour, voile, et même parapluie. Ces représentations, à la fois comiques et symboliques, font partie intégrante du folklore populaire.

Où peut-on retrouver les tanuki?

→ Réputés pour être un symbole de prospérité et de bonne fortune, on retrouve des statuettes de tanuki dans les boutiques japonaises ou encore à l'entrée des bars et des restaurants. 

Ils sont également vénérés dans certains temples comme dans le Yashima-ji à Takamatsu, le Tanukidanisan Fudo-in à Kyoto ou encore le Chingodo à Asakusa (Tokyo).

Dans le quartier de Asakusa à Tokyo, on retrouve la Tanuki-dori (ou Tanuki Streetoù l'on peut s'amuser à retrouver 11 statuettes de tanuki différentes le long de la rue.

→ On les retrouve aussi dans l'animation japonaise, comme dans le film "Pompoko" produit par le studio Ghibli par exemple.




Le tanuki étant de loin mon yokai préféré, voici quelques photos de mon dernier voyageje me suis amusée à photographier une bonne partie de ceux qui ont croisé mon chemin...

LE KITSUNE

messager divin et créature aux multiples pouvoirs

En japonais, le terme kitsune se traduit par « renard » ou « esprit renard ».

Dans la culture japonaise, le renard occupe une place importante à la fois dans la religion shintoïste — où il est considéré comme le messager de la divinité Inari —, mais aussi dans le folklore populaire, où il est vu comme un yokai doté de pouvoirs surnaturels. Dans ce dernier cas, on parle plus précisément de bake-kitsune (« renard métamorphe »).

Parmi ses caractéristiques principales, on trouve une intelligence exceptionnelle, une longévité surnaturelle, et surtout la possession de pouvoirs magiques tels que :

  • la métamorphose, souvent en femme humaine séduisante ou en moine,

  • la possession d'êtres humains (kitsunetsuki),

  • ou encore la maîtrise des éléments naturels (comme le feu ou la foudre).

Selon la légende, le pouvoir de métamorphose des kitsune se manifesterait après cent ans d'existence.

Il existerait, selon certaines légendes, treize types différents de kitsune mythiques, chacun associé à un élément naturel ou spirituel (comme le vent, le feu, l'ombre ou la lumière). Toutefois, dans le folklore japonais, les kitsune sont plus couramment divisés en deux grandes catégories opposées, représentant la dualité et l'équilibre du monde naturel :

  • les zenko, littéralement « renards bons », sont des esprits protecteurs associés à la divinité Inari, dont ils sont les messagers sacrés. Ils sont également perçus comme des réincarnations d'âmes évoluant dans le monde des esprits.

Ces renards gagnent en puissance avec l'âge et l'expérience: à mesure qu'ils deviennent plus sages, de nouvelles queues leur poussent. Lorsqu'ils atteignent le stade ultime de neuf queues, leur fourrure devient blanche ou dorée, et ils acquièrent des pouvoirs extraordinaires, tels que :

  • la prédiction de l'avenir,

  • la modulation de l'espace-temps,

  • une perception universelle (on dit qu'ils peuvent tout voir et tout entendre dans le monde),

  • et à terme, une forme d'omniscience.

Ils sont respectés, voire vénérés, et considérés comme guides spirituels ou protecteurs bienveillants.

  • les nogitsune, littéralement « renards sauvages », sont des kitsune non affiliés à une divinité. Ce sont des créatures indépendantes, souvent malicieuses, voire malfaisantes, connues pour leur goût du chaos et de la tromperie.

Ils maîtrisent parfaitement l'art de la métamorphose, prenant fréquemment la forme d'une jeune femme séduisante pour tromper, manipuler ou piéger les humains — en particulier les hommes riches et puissants. Ils usent de leur beauté et de leur ruse pour semer le trouble, la ruine ou la folie.

Les nogitsune incarnent ainsi le côté sombre de la nature des esprits : imprévisible, fascinante, parfois destructrice.

Où peut-on retrouver les kitsune?

Vous pouvez apercevoir des statues de renards dans les nombreux sanctuaires dédiés à Inari, la divinité (kami) des céréales et du commerce. Plus d'un tiers des sanctuaires enregistrés au Japon sont voués à Inari, comme par exemple le Fushimi Inari-taisha à Kyoto ou le Toyokawa Inari Betsuin à Tokyo.

On retrouve également le kitsune au sein de la pop culture japonaise, comme les Pokémon Goupix et Feunard, ou encore dans le manga Naruto avec le personnage de Kurama, le renard à 9 queues qui prend possession du héros. 

Plusieurs matsuri mettent à l'honneur le kitsune, comme par exemple le Oji Kitsune no Gyoretsu (littéralement "la parade des renards") qui a lieu la veille du Nouvel An à Tokyo et qui rassemble des centaines de personnes déguisées ou maquillées en renard.

LE KAPPA

démon des rivières

Le terme kappa trouve son origine dans le langage populaire japonais. Il provient de la fusion des mots kawa (rivière) et warawa (enfant, garçon), donnant kawa-wappa (« garçon de la rivière »), puis kawappa, qui a évolué en kappa. Comme son nom l'indique, le kappa est donc une créature aquatique.

D'apparence humanoïde, le kappa est souvent de petite taille, avec des mains et des pieds palmés, une carapace de tortue dans le dos, et surtout une cavité remplie d'eau au sommet du crâne, appelée sara. Cette eau est la source de son pouvoir vital : tant qu'elle reste pleine, le kappa conserve sa force. 

Les kappa sont connus pour leur comportement espiègle, mais ils peuvent aussi être dangereux. Le folklore les décrit souvent attirant les humains (et surtout les enfants) dans les rivières pour les noyer ou les entraîner dans les profondeurs.

Cependant, ils ont un fort sens de la politesse. Si on les pousse à se saluer en se courbant, l'eau de leur sara se renverse, les affaiblissant considérablement. C'est ainsi que, selon la légende, on peut les vaincre sans violence.

Où peut-on retrouver les kappa?

Le temple Sogen-ji (appelé plus communément Kappa-dera), à Tokyo, est dédié au kappa et on retrouve dans son jardin de nombreuses statues le représentant. Le bâtiment intérieur est malheureusement fermé au public mais renfermerait une main de kappa momifiée ainsi que d'anciennes peintures sur rouleau.  Et ne soyez pas étonné de voir des concombres placés en offrandes, ils sont destinés à amadouer les kappa qui en raffolent!

 Situé à quelques pas du Kappa-dera, la Kappabashi-dori (ou simplement Kappabashi), est une rue située entre les quartiers Ueno et Asakusa, célèbre pour ses nombreux magasins d'ustensiles de cuisine, ainsi que pour ses nombreuses représentations de kappa, dispersées dans tout le quartier.

LE ONI

démon japonais

Le terme oni désigne une créature emblématique du folklore japonais, souvent assimilée à un démon ou un ogre. Bien qu'ils soient majoritairement associés à l'enfer bouddhiste et à la punition des âmes damnées, certaines légendes les décrivent aussi comme des êtres protecteurs, capables de défendre des lieux sacrés.

Les oni sont des êtres surnaturels puissants, généralement malveillants, qui incarnent la malchance, la violence et le chaos dans la culture japonaise. Ils possèdent une force surhumaine et une tendance à infliger souffrance et destruction. Dans l'art, la littérature ou les récits populaires, ils symbolisent les catastrophes, les fléaux, la maladie et les crises sociales.

Visuellement, les oni sont souvent représentés comme des géants humanoïdes, dotés de cornes, de dents acérées, de griffes, et d'une peau vive, généralement rouge ou bleue. Toutefois, leur apparence peut varier selon les régions, certaines traditions les montrant plus proches des esprits colériques que des monstres physiques.

Où peut-on retrouver les oni?

Les masques oni symbolisent la force, la puissance ou encore la colère. Ils peuvent être utilisés pour éloigner les mauvais esprits et attirer la chance. Ils sont également portés lors de festivals traditionnels comme Setsubun et dans le théâtre no pour représenter des personnages démoniaques.

  Les oni sont énormément représentés dans les tatouages japonais. Par exemple, dans le clan des yakuza, une personne tatouée avec un dessin de masque hannya (démon féminin qui représente une femme consumée par la jalousie et la rage) est représentatif d'un désir de vengeance

Plusieurs matsuri mettent en avant les oni, comme par exemple le Toyohashi Oni Matsuri qui se déroule en février dans la préfecture de Aichi.

→ Namahage est une coutume japonaise où de jeunes hommes déguisés en démons (oni) rendent visite aux maisons le soir du Nouvel An. Ils sont censés effrayer les enfants désobéissants ou paresseux, mais aussi apporter la bonne fortune et éloigner les mauvais esprits.  

Dans la ville thermale de Beppu, on retrouve des représentations de oni un petit peu partout à travers la ville et dans les différents jigoku (enfers de Beppu). 

Dans le manga Demon Slayer, les oni sont les principaux antagonistes de l'histoire et sont décrits comme des créatures puissantes, capables de se régénérer rapidement et possédant une force et une agilité surhumaines.

LE TENGU

gardien des montagnes et des forêts

Le mot tengu, qui viendrait du chinois tiāngou (« chien céleste »), ne reflète pourtant aucune ressemblance avec un chien. Appartenant à la famille des yokai, le tengu est également considéré comme un kami, un esprit ou divinité de la montagne et de la forêt.

Au fil du temps, le rôle des tengu a évolué. D'abord perçus comme des ennemis du bouddhisme, trompant les pratiquants ou semant la discorde, ils sont peu à peu devenus les gardiens des montagnes et des forêts où ils résident. Certaines traditions racontent que les bûcherons cherchent à les apaiser en leur offrant de la nourriture ou en abattant des arbres. 

D'apparence mi-homme mi-oiseau, le tengu est souvent représenté avec :

  • un visage rouge,

  • un long nez proéminent (remplaçant parfois le bec des versions plus anciennes),

  • un corps robuste,

  • et de grandes ailes blanches lui permettant de voler dans le ciel.

Il porte également un grand éventail en plumes (hauchiwa), auquel on attribue des pouvoirs magiques, notamment celui de contrôler le vent ou le climat.

L'une des caractéristiques les plus célèbres des tengu est leur maîtrise exceptionnelle des arts martiaux. Ils vivent reclus au fond des montagnes, où ils se déplacent avec une grande agilité, capables de surgir ou de disparaître à volonté. Leur présence est parfois signalée par des bruits étranges, des chuchotements, des rire inquiétants, ou encore des sons de tambour résonnant dans les vallées.

Les tengu sont également réputés pour leur pouvoir de métamorphose et leur aptitude à créer de puissantes illusions, capables de tromper les sens des humains. Ils peuvent prendre l'apparence de moines, d'animaux, voire de membres de la famille pour piéger ou égarer les voyageurs.

Particulièrement dangereux pour les personnes vulnérables — comme les enfants ou les personnes âgées  —, les tengu peuvent posséder, enlever, ou perdre volontairement les humains dans les profondeurs de la montagne. Malgré leur nature ambivalente, ils sont respectés comme des êtres puissants, qu'il vaut mieux ne pas provoquer.

Où peut-on retrouver les tengu?

 Le mont Kurama, près de Kyoto, est particulièrement célèbre pour son association avec Sōjōbō, le roi des tengu. On y retrouve d'ailleurs sa représentation juste à la sortie de la gare de Kurama

 Le mont Takao, dans les environs de Tokyo, est un autre lieu réputé pour ses connections avec les tengu. Le temple Yakuo-in abrite des statues de tengu et organise des festivals en leur honneur. 

Plusieurs matsuri à travers le Japon célèbrent les tengu, par exemple le Numata Matsuri qui se déroule début août dans la préfecture de Gunma, où l'on retrouve des parades de grands masques de tengu dans les rues.

Dans le magnifique sanctuaire Kitaguchi Hongu Fuji Sengen-jinja, situé à Fujiyoshida, on retrouve deux énormes masques de tengu surplombant la façade du bâtiment principal. Il est également possible d'acheter des omamori en forme de masque de tengu à la boutique du sanctuaire. 

 On retrouve aussi de nombreuses références aux tengu dans les manga, comme le personnage de Tenguyama Hitetsu dans One Piece, ou Urokodaki, qui arbore un masque de tengu dans Demon Slayer.

AUTRES YOKAI RELATIVEMENT POPULAIRES

Yurei: 

Fantôme japonais classique, souvent représenté vêtu de blanc, avec de longs cheveux noirs tombant sur le visage. Il est marqué par la tristesse, le ressentiment ou un désir de vengeance, et reste attaché au monde des vivants en raison d'une mort violente, d'un chagrin profond ou d'un devoir non accompli.

Tsukumogami: 

Objets du quotidien qui, après cent ans d'existence, prennent vie et deviennent des yokai. Parmi les plus célèbres :

- Kasa-obake : parapluie unijambiste avec un œil et une langue,

- Chōchin-obake : lanterne en papier transformée en créature facétieuse.

Jorogumo: 

Yokai araignée capable de se transformer en belle femme pour séduire et piéger ses proies humaines. Ce mythe a inspiré plusieurs figures dans la culture populaire :

-  la mère des démons-araignées dans Demon Slayer,

- le personnage de Black Maria (forme hybride) dans One Piece évoque clairement une Jorogumo.

Gashadokuro: 

Squelette géant, formé des os de personnes mortes de faim ou abandonnées sans sépulture. Il erre la nuit, invisible et silencieux, cherchant à attraper les vivants pour les écraser ou les dévorer.

Bakeneko: 

Chat surnaturel aux pouvoirs magiques. Il peut marcher sur deux pattes, parler, se métamorphoser en humain (souvent en son ancien maître), ou encore manipuler les morts

On le retrouve notamment dans le manga Naruto avec Matatabi (ou Nibi, le démon à deux queues) qui emprunte beaucoup à la légende du bakeneko (ainsi qu'à celle du nekomata, un autre yokai félin).

 Rokurokubi

Yokai à apparence humaine le jour, souvent une femme, mais qui révèle sa vraie nature la nuit : son cou s'allonge à l'infini, lui permettant d'observer ou d'effrayer les humains à distance.

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