LES KAMI

divinités shintoïstes et esprits sacrés du Japon

- Article mis à jour le 01/09/2026 -

En japonais, le terme kami désigne les divinités, les esprits ou les entités spirituelles vénérées dans la religion shintoïste. Il n'existe pas de traduction française parfaitement équivalente au terme kami. Le traduire simplement par « dieu » peut être trompeur, car la notion japonaise est beaucoup plus large.

Il peut s'agir de dieux, d'esprits de la nature, d'esprits d'ancêtres ou même de personnes auxquelles un statut de kami a été attribué après leur mort.

 Ils sont considérés comme des forces sacrées qui habitent les lieux et les objets, et ils peuvent influencer le monde ainsi que la vie des êtres humains.

Ils peuvent apporter la chance, la prospérité, la protection, mais aussi la maladie, les catastrophes naturelles ou la malchance. On cherche donc à les apaiser ou à obtenir leur faveur en effectuant des rituels, des offrandes, et en vivant en harmonie avec la nature. On les met également à l'honneur dans les matsuri, les festivals japonais traditionnels. 

Contrairement à d'autres religions, le shintoïsme est polythéiste et n'a pas de hiérarchie stricte parmi ses divinités. Chaque kami a son propre rôle et son importance, et les fidèles peuvent avoir des préférences personnelles quant aux kami qu'ils vénèrent.

Dans le shintoïsme, un kami n'est donc pas nécessairement « bon » ou « mauvais » au sens occidental. Il peut être à la fois source de protection et puissance dangereuse qu'il faut respecter et apaiser.

On distingue traditionnellement deux catégories au sein des divinités shintoïstes :

  • Les Amatsukami, ou kami célestes, sont les divinités se trouvant au sommet du panthéon japonais. Ils vivent au Takamagahara, ou « la Haute Plaine du Ciel », et se situent donc loin de la Terre et des humains.

  • Les Kunitsukami, ou kami terrestres, ne vivent pas au Takamagahara mais sur Terre avec le reste des humains. Ils sont généralement moins influents que les kami célestes, mais ils sont souvent davantage vénérés par le peuple japonais. 

Parmi les nombreux kami mentionnés dans le Kojiki, certains sont particulièrement vénérés au Japon comme peuvent le témoigner les sanctuaires érigés en leur honneur. 

Voici quelques-uns des kami les plus connus du panthéon japonais ainsi que les mythes les plus populaires les concernant

AMATERASU

divinité du soleil et ancêtre de la famille impériale

Amaterasu est la divinité du soleil et l'une des plus importantes divinités du shintoïsme. Elle dirige le monde céleste (Takamagahara) à la suite d'Izanagi, son père et créateur du monde. La tradition mythologique fait d'Amaterasu l'ancêtre divine de la lignée impériale japonaise.

Son nom complet est Amaterasu Omikami, qui signifie littéralement « la grande divinité qui fait briller le ciel ». 

Voici l'un des récits les plus célèbres concernant Amaterasu :

Après une violente dispute avec son frère Susanoo, divinité des tempêtes, Amaterasu se retira dans la caverne céleste Amano-Iwato, privant le monde de sa lumière. L'obscurité et le chaos s'abattirent alors sur le monde, les récoltes dépérissant et les humains souffrant du manque de lumière.

Les dieux, cherchant à la faire sortir, organisèrent alors une grande fête devant la grotte. La déesse de la gaieté, Ame-no-Uzume, exécuta une danse provocante qui fit éclater de rire les divinités. Intriguée par ce tumulte, Amaterasu entrouvra la caverne et les dieux en profitèrent pour l'en faire sortir, ramenant ainsi la lumière dans le monde.

Exemple de sanctuaire vénérant Amaterasu : le Amano Iwato-jinja à Takachiho ou encore le Ise-jingu dans la préfecture de Mie. 

INARI

divinité du riz, de la fertilité et du commerce

Inari est la divinité de la culture du riz, de la fertilité et des affaires, ainsi que la gardienne des maisons (yashikigami). Elle est souvent associée au renard (kitsune), considéré comme son messager, et parfois comme une manifestation de la divinité elle-même.

Les sanctuaires dédiés à Inari sont parmi les plus nombreux au Japon et se distinguent par leurs torii rouges et leurs nombreuses statues de renards.

Exemple de sanctuaire vénérant Inari : le Fushimi Inari-taisha à Kyoto, le Yutoku Inari-jinja dans la préfecture de Saga ou encore le Kusado Inari-jinja à Fukuyama

HACHIMAN

protecteur des guerriers et du Japon

Hachiman est la divinité de la guerre et le protecteur du Japon et du peuple japonais. Au Moyen Âge, son culte s'est particulièrement développé parmi les guerriers et il est devenu le kami protecteur de nombreuses familles et communautés.

Hachiman est un exemple particulièrement célèbre de syncrétisme entre shintoïsme et bouddhisme : il a notamment été vénéré sous la forme de Hachiman Daibosatsu, un bodhisattva.

Hachiman est parfois représenté comme un noble guerrier en vêtements de cour, tenant un arc (et pas toujours en armure), accompagné d'un ou deux pigeons blancs, ou parfois assis en méditation, en référence à son aspect bouddhiste.

Exemple de sanctuaire vénérant Hachiman : le Tsurugaoka Hachiman-gu à Kamakura ou encore le Usa Hachiman-gu dans la préfecture d'Oita, ou encore le Kanda Myojin à Tokyo

IZANAGI et IZANAMI

couple divin responsable de la création du monde

Izanagi et Izanami sont un couple de kami primordial associé à la création des îles japonaises et à la naissance de nombreuses autres divinités.

Voici le récit le plus connu concernant Izanagi et Izanami :

Après leur union, Izanagi et Izanami créèrent les îles du Japon, puis donnèrent naissance à de nombreux kami  (celui du feu, du vent, de la mer, des montagnes, de la pluie...). Mais lors de la naissance du kami du feu, Kagutsuchi, Izanami fut mortellement brûlée.

Accablé de chagrin, Izanagi descendit au royaume des morts (Yomi) pour la retrouver. Il découvrit alors une Izanami transformée par la mort et entourée d'êtres monstrueux. Pris de panique, il prit la fuite. Furieuse, Izanami le poursuivit en hurlant qu'elle tuerait mille vies par jour. Izanagi lui répondit qu'il en ferait naître mille autres quotidiennement. 

Ce récit est notamment associé à l'explication mythologique de la séparation entre le monde des vivants et celui des morts.

De retour dans le monde des vivants, Izanagi se purifia dans une rivière, ce qui donna naissance à trois grandes divinités :

Amaterasu, divinité du soleil, née de son œil gauche,
Tsukuyomi, divinité de la lune, né de son œil droit,
Susanoo, divinité des tempêtes, né de son nez.

Exemple de sanctuaire vénérant Izanagi et Izanami : le Kamishikimi Kumanoimasu dans la préfecture de Kumamoto, le Izanagi-jingu dans la préfecture de Tottori ou encore le Imado-jinja à Tokyo

TSUKUYOMI

divinité de la lune et de la nuit

Tsukuyomi est la divinité généralement associée à la lune et à la nuit.  Il est le gardien des nuits et des cycles lunaires, et est considéré comme le maître du temps, influençant le cours des saisons et garantissant la prospérité des récoltes. Son nom peut être interprété comme « celui qui lit dans la lune » ou « celui qui contemple la nuit lunaire ».

Il est le frère d'Amaterasu, la divinité du soleil, et de Susanoo, la divinité des tempêtes. Il représente la sérénité froide et distante, par contraste avec la chaleur rayonnante d'AmaterasuContrairement à ses frère et sœur, il apparaît assez peu dans les récits conservés dans les textes classiques.

L'un des rares récits concernant Tsukuyomi est le suivant :

Amaterasu envoya Tsukuyomi assister à un banquet céleste organisé par Uke Mochi, la déesse de la nourriture. Celle-ci fit apparaître de la nourriture de sa bouche, de son nez et d'autres orifices, ce que Tsukuyomi trouva répugnant et irrespectueux, et il la tua sur place. Amaterasu, furieuse, décida de ne plus jamais voir Tsukuyomi

La tradition explique ainsi la séparation entre Amaterasu et Tsukuyomi, symboliquement associée à celle du soleil et de la lune.

Exemple de sanctuaire vénérant Tsukuyomi : le Tsukuyomi-jinja à Kyoto.

SUSANOO

divinité des tempêtes et des océans

Susanoo est la divinité associée aux tempêtes, à la mer et à la force sauvage de la nature. Il est également associé aux champs et aux récoltes, et parfois vénéré comme un dieu de l'amour et du mariage.

Vivant au départ dans le monde céleste, il fut banni du ciel et exilé sur Terre. Il est le frère d'Amaterasu, la divinité du soleil, et de Tsukuyomi, la divinité de la lune. 

C'est une figure ambivalente : il est impulsif, bruyant, violent et désobéissant mais aussi courageux, purificateur, protecteur et héroïque. Il incarne la force brute de la nature, en particulier les tempêtes et les flots déchaînés.

Voici l'un des épisodes les plus célèbres de la mythologie japonaise :

Susanoo fut banni du ciel pour sa conduite violente. Avant d'être exilé, il rendit visite à sa sœur, Amaterasu. D'abord en paix, ils accomplirent un rituel d'échange d'objets sacrés puis il devint instable : il détruisit les rizières célestes et jeta un cheval mort dans la salle de tissage d'Amaterasu. Terrifiée, elle se réfugia dans la caverne céleste (Amano-Iwato), plongeant le monde dans l'obscurité.

Et voici le mythe de Susanoo et du serpent Yamata-no-Orochi :

Lors de son exil sur Terre, Susanoo arriva dans la province d'Izumo. Il y rencontra un couple de divinités en pleurs : leur dernière fille allait être dévorée par Orochi, un gigantesque serpent monstrueux à huit têtes et huit queues, qui avait déjà emporté leurs sept autres enfants. Susanoo promit de la sauver, à condition de pouvoir l'épouser. 

Il élabora donc un plan : il disposa huit tonneaux de saké très fort pour enivrer le monstre. Une fois Orochi endormi, Susanoo le découpa en morceaux. Dans la queue du serpent, il découvrit une épée divine : la Kusanagi-no-Tsurugi, l'un des Trois Trésors sacrés du Japon. Il l'offrit ensuite à sa sœur Amaterasu, en signe de réconciliation.

L'épée Kusanagi-no-Tsurugi est l'un des Trois Trésors impériaux du Japon, avec le miroir Yata-no-Kagami et le joyau Yasakani-no-Magatama. 

Exemple de sanctuaire vénérant Susanoo : le Susa-jinja dans la préfecture de Shimane, le Kumano Hayatama Taisha dans la préfecture de Wakayama.

RAIJIN et FUJIN

divinités du tonnerre et du vent

Raijin, le kami du tonnerre, et Fujin, le kami du vent, sont souvent représentés ensemble :

- Raijin, représenté comme un démon musclé au visage agressif (le plus souvent rouge), porte des tambours (taiko) sur son dos, qu'il frappe pour créer le tonnerre. Associé à la pluie, il est donc indirectement protecteur des récoltes. Il ressemble à une figure guerrière et sert de gardien en protégeant l'entrée des temples et sanctuaires.

- Fujin, également représenté comme un démon (le plus souvent vert), porte un sac rempli de vent sur ses épaules, qu'il ouvre pour libérer brises, bourrasques et tempêtes. Il contrôle les vents, les typhons et les courants. Peu vénéré en tant que divinité seule, il est le plus souvent représenté aux côtés de Raijin.

Raijin représente la force destructricebruyante et éclatante, tandis que Fujin incarne la force invisibleimprévisible et insaisissable. Ensemble, ils représentent le pouvoir chaotique mais vital de la nature.

On les retrouve par exemple au niveau de la porte Kaminarimon du temple Senso-ji à Tokyo, où les deux kami se trouvent de part et d'autre de la lanterne, ou encore à Nikko à l'intérieur du mausolée Taiyu-in. 

Raijin au Taiyu-in, Nikko
Raijin au Taiyu-in, Nikko
Fujin au Taiyu-in, Nikko
Fujin au Taiyu-in, Nikko

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