Les kami
divinités shintoïstes issues de la mythologie japonaise
- Article mis à jour le 29/07/2025 -
En japonais, le terme kami désigne les divinités, les esprits ou les entités spirituelles vénérées dans la religion shintoïste.
Il peut s'agir de dieux, d'esprits de la nature, d'esprits d'ancêtres, ou même de personnes divinisées après leur mort. Ils sont considérés comme des forces sacrées qui habitent les lieux et les objets, et ils peuvent influencer le monde et la vie des êtres humains.


Les kami sont partout et peuvent prendre de nombreuses formes. Ils sont censés habiter dans les montagnes, les rivières, les arbres, les rochers, et même dans les objets du quotidien.
Ils peuvent apporter la chance, la prospérité, la protection, mais aussi la maladie, les catastrophes naturelles ou la malchance. On chercher donc à les apaiser ou à obtenir leur faveur en effectuant des rituels, des offrandes, et en vivant en harmonie avec la nature. On les met également à l'honneur dans les matsuri, les festivals traditionnels.
On raconte qu'il existe huit millions de kami, un nombre qui symboliserait l'infini et la multitude des esprits et des forces dans le monde.
Contrairement à d'autres religions, le shintoïsme est polythéiste et n'a pas de hiérarchie stricte parmi les kami. Chaque kami a son propre rôle et son importance, et les fidèles peuvent avoir des préférences personnelles quant aux kami qu'ils vénèrent.
Parmi les 300 kami mentionnés dans le Kojiki, certains sont particulièrement vénérés au Japon comme peuvent le témoigner les sanctuaires érigés en leur honneur. Voici quelques uns des plus connus du panthéon japonais ainsi que les mythes les plus populaires.

AMATERASU
kami du soleil et ancêtre de la famille impériale
Amaterasu est la divinité du soleil, et la plus importante divinité de la religion shinto qui, selon la mythologie, a donné naissance à la lignée de tous les empereurs japonais.
Son nom complet est Amaterasu Omikami, qui signifie littéralement «la grande divinité qui fait briller le ciel». Elle figure sur le drapeau japonais sous l'apparence du disque solaire, accompagné ou non de ses rayons.
→ Voici l'un des récits les plus célèbres concernant Amaterasu:
Après une violente dispute avec son frère Susanoo, divinité des tempêtes, Amaterasu se retire dans la caverne céleste Ama-no-Iwato, privant le monde de sa lumière. L'obscurité et le chaos s’abatte alors sur le monde, les récoltes dépérissent et les humains souffrent. Les dieux, cherchant à la faire sortir, organisent une fête devant la grotte. La déesse de la gaieté, Ame-no-Uzume exécute alors une danse provocante, faisant éclater de rire les divinités. Intriguée par ce tumulte, Amaterasu entrouvre la caverne et les dieux en profitent pour l'en faire sortir, ramenant ainsi la lumière dans le monde.
→ Exemple de sanctuaire vénérant Amaterasu: le Amano Iwato-jinja à Takachiho ou encore le Ise-jingu dans la préfecture de Mie.

INARI
kami du riz, de la fertilité et du commerce
Inari est la divinité de la culture du riz, de la fertilité et des affaires, ainsi que la gardienne des maisons (yashikigami). Elle est souvent symbolisée par un renard (kitsune) qui est considéré comme son messager ou comme la divinité elle-même.
Les sanctuaires dédiés à Inari sont parmi les plus nombreux au Japon et se distinguent par leurs torii rouges et leurs statues de renards.
→ Exemple de sanctuaire vénérant Inari: le Fushimi Inari-taisha à Kyoto, le Yutoku Inari-jinja dans la préfecture de Saga ou encore le Kusado Inari-jinja à Fukuyama.

HACHIMAN
kami de la guerre
Hachiman est la divinité de la guerre et le protecteur divin du Japon et du peuple japonais. Il est aussi vénéré pour sa bienveillance.
Il a la particularité d'être un dieu shinto qui a été intégré au bouddhisme, devenant un bodhisattva. Son animal symbolique et messager est le pigeon.
Hachiman est parfois représenté comme un noble guerrier en vêtements de cour, tenant un arc (pas toujours en armure), accompagné d'un ou deux pigeons blancs ou parfois assis en méditation, en référence à son aspect bouddhiste.
→ Exemple de sanctuaire vénérant Hachiman: le Tsurugaoka Hachiman-gu à Kamakura ou encore le Usa Hachiman-gu dans la préfecture d'Oita, ou encore le Kanda Myojin à Tokyo.

IZANAGI et IZANAMI
couple divin responsable de la création du monde
Izanagi et Izanami sont un couple de kami considérés comme les créateurs du monde et des îles du Japon. Ils sont également les ancêtres de nombreuses autres divinités shintoïstes.
→ Voici le récit le plus connu concernant Izanagi et Izanami:
Après leur union, Izanagi et Izanami créent les îles du Japon, puis donnent naissance à de nombreux kami (du feu, du vent, de la mer, des montagnes, de la pluie...). Mais lors de la naissance du kami du feu, Kagutsuchi, Izanami est mortellement brûlée.
Accablé de chagrin, Izanagi descend au royaume des morts (yomi) pour la retrouver. Il découvre alors Izanami décomposée et entourée de démons. Pris de panique, il prend la fuite. Furieuse, Izanami le poursuit en criant qu'elle tuera mille vies par jour. Izanagi lui répond qu'il en fera naître mille autres quotidiennement.
Ce mythe expliquerait l'origine de la mort et de la naissance dans le monde.
De retour dans le monde des vivants, Izanagi se purifie dans une rivière et de cette purification naissent trois grandes divinités :
– Amaterasu, divinité du soleil, de son œil gauche,
– Tsukuyomi, divinité de la lune, de son œil droit,
– Susanoo, divinité des tempêtes, de son nez.
→ Exemple de sanctuaire vénérant Izanagi et Izanami: le Kamishikimi Kumanoimasu dans la préfecture de Kumamoto, le Izanagi-jingu dans la préfecture de Tottori ou encore le Imado-jinja à Tokyo.

TSUKUYOMI
kami de la lune et de la nuit
Tsukuyomi est la divinité de la lune. Il est le gardien des nuits et des cycles lunaires, considéré comme le maître du temps, influençant le cours des saisons et garantissant la prospérité des récoltes.
Son nom peut être interprété comme « celui qui lit dans la lune » ou « celui qui contemple la nuit lunaire ».
Il est le frère d'Amaterasu, la divinité du soleil, et de Susanoo, la divinité des tempêtes. Il représente la sérénité froide et distante, par contraste avec la chaleur rayonnante d'Amaterasu.
→ L'un des rares récits connus de Tsukuyomi est le suivant :
Amaterasu envoie Tsukuyomi assister à un banquet céleste organisé par Uke Mochi, la déesse de la nourriture. Celle-ci fait apparaître la nourriture de sa bouche, de son nez et d'autres orifices, ce que Tsukuyomi trouve répugnant et irrespectueux et la tue sur place. Amaterasu, furieuse, décide ne plus jamais voir Tsukuyomi.
Ce mythe explique symboliquement pourquoi le soleil et la lune ne sont jamais dans le ciel en même temps.
→ Exemple de sanctuaire vénérant Tsukuyomi: le Tsukuyomi-jinja à Kyoto.

SUSANOO
kami des tempêtes et des océans
Susanoo est la divinité des tempêtes et des océans. Il est également associé aux champs et aux récoltes, et parfois vénéré comme un dieu de l'amour et du mariage.
C'est une figure ambivalente qui est impulsif, bruyant, violent et désobéissant mais aussi courageux, purificateur, protecteur et héroïque. Il incarne la force brute de la nature, en particulier les tempêtes, typhons et flots déchaînés.
Il est le frère d'Amaterasu, la divinité du soleil, et de Tsukuyomi, le divinité de la lune.
→ Voici l'un des épisodes les plus célèbres de la mythologie japonaise:
Susanoo est banni du ciel pour sa conduite violente. Avant d'être exilé, il rend visite à sa sœur, Amaterasu. D'abord en paix, ils font un rituel d'échange d'objets sacrés puis il devient instable : il détruit les rizières célestes et jette un cheval mort dans la salle de tissage d'Amaterasu. Elle, terrifiée, se cache dans la caverne céleste (Amano-Iwato), plongeant le monde dans l'obscurité.
→ Et voici le mythe de Susanoo et du dragon Yamata no Orochi:
Lors de son exil sur Terre, Susanoo arrive dans la province d'Izumo. Il y rencontre un couple de divinités en pleurs : leur dernière fille va être dévorée par Orochi, un terrible dragon à huit têtes, qui a déjà emporté leurs sept autres enfants. Susanoo promet de la sauver, à condition de pouvoir l'épouser. Il élabore un plan : il dispose huit tonneaux de saké très fort pour enivrer le monstre. Une fois Orochi endormi, Susanoo le découpe en morceaux. Dans la queue du dragon, il découvre une épée divine : la Kusanagi-no-Tsurugi, l'un des Trois Trésors sacrés du Japon. Il l'offre ensuite à sa sœur Amaterasu, en signe de réconciliation.
→ Exemple de sanctuaire vénérant Susanoo: le Susa-jinja dans la préfecture de Shimane, le Kumano Hayatama Taisha dans la préfecture de Wakayama

RAIJIN et FUJIN
kami du tonnerre et du vent
Kaminari (plus généralement connu sous son appellation bouddhiste Raijin) et Fujin sont respectivement les divinités du tonnerre et du vent. Souvent représentés ensemble, ils symbolisent les forces de la nature et les tempêtes:
- Raijin, représenté comme un démon musclé (le plus souvent rouge), avec un visage à l'air agressif et portant des tambours (taiko) sur son dos (qu'il frappe pour créer le tonnerre). Associé à la pluie, il est donc indirectement protecteur des récoltes. Il ressemble à une figure guerrière et sert de gardien qui protège l'entrée des temples et sanctuaires,
- Fujin, aussi représenté comme un démon (le plus souvent vert) et portant un sac rempli de vent sur les épaules (qu'il ouvre pour libérer brises, bourrasques et tempêtes). Il contrôle les vents, les typhons et les courants. Peu vénéré en tant que divinité seule, il est le plus souvent représenté aux côtés de Raijin.
Raijin représente la force destructrice bruyante et éclatante, et Fujin, la force invisible mais imprévisible et insaisissable. Ensemble, ils représentent le pouvoir chaotique mais vital de la nature.